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lundi
5 mars
20:00

Tugan SOKHIEV / direction
Vadim REPIN / violon

GLAZOUNOV CONCERTO POUR VIOLON, OP. 82 CHOSTAKOVITCH SYMPHONIE N° 12 EN RE MINEUR « L'ANNEE 1917 », OP. 112

 
Rencontre au sommet

 

Pour son grand retour aux côtés de l'Orchestre national du Capitole, Vadim Repin s'empare de l'un des monuments du répertoire russe : l'étourdissant Concerto pour violon et orchestre de Glazounov. Virtuosité et lyrisme se confondent sous l'archet du grand violoniste, devenu très tôt l'un des maîtres de sa génération.

 

Les dates de vie et de mort d’Alexandre Glazounov sont éloquentes : jalon intermédiaire entre Rimski-Korsakov et Chostakovitch, le compositeur fait la jonction entre la première apogée de la musique russe, celle du « Groupe des Cinq » et l’éveil de l’identité soviétique. Les années d’exercice sont celles du durcissement du tsarisme, qui met au pas toutes les institutions culturelles, en particulier après les émeutes révolutionnaires de 1905. Autodidacte revendiqué, collaborateur de Borodine et de Rimski-Korsakov, Glazounov est aussi à l’écoute des écoles européennes, et en particulier du poème symphonique allemand incarné par Franz Liszt, qu’il rencontre en 1884. Le musicien russe oscille d’ailleurs entre poèmes symphoniques (Le Printemps, La Mer, Le Kremlin) et symphonies traditionnelles, au nombre de huit. L’ancien étudiant de Rimski-Korsakov devient professeur de composition au Conservatoire de Saint-Pétersbourg en 1899, dont il prend la tête en 1905, et ce jusqu’en 1928. Défenseur d’une musique russe affranchie de l’Occident, Glazounov lutte contre l’influence grandissante d’un Debussy ou d’un Strauss parmi ses étudiants, se voyant même qualifié par le jeune Stravinsky de « pilier de l’académisme » en 1912. Il admit pourtant précocement Serge Prokofiev et Dmitri Chostakovitch (des enfants prodiges, à peine âgés de treize ans) au sein de l’institution qu’il dirigeait, et contribua largement à leur formation. L’évolution du régime soviétique pousse le musicien à l’exil, et en 1928, Glazounov s’installe en France où il meurt en 1936, année symbolique du durcissement politique stalinien. L’héritage de Glazounov s’avère contrasté : reconnu pour sa technique remarquable, pour ses œuvres symphoniques brillantes, il laisse aussi le souvenir d’un homme rongé par l’alcoolisme, qui entrave l’épanouissement de sa carrière et de sa création. « L’auteur de Raymonda et de la Sixième Symphonie avait atteint à cette époque le plein épanouissement de son immense talent, laissant en arrière-plan sa Mer abyssale, sa Forêt impénétrable, les murs de son Kremlin et les autres œuvres de sa période intermédiaire. Son invention autant que sa technique stupéfiante se trouvaient alors au plus haut stade de leur développement », raconte Rimski-Korsakov dans ses Chroniques de ma vie musicale. « Son étonnante oreille harmonique et sa mémoire des moindres détails dans les œuvres d’autrui

nous émerveillaient tous, nous autres musiciens. Mais les beuveries, ou simplement le besoin de s’enivrer, avaient atteint chez lui des proportions démesurées. Il ne se passait pas un vendredi chez Belaiev sans que lui et plusieurs autres membres du cercle ne se soûlent et ne poursuivent leur beuverie toute la nuit au restaurant Palkine, puis au petit matin quelque part dans une gare du chemin de fer de Nilolaievsk. (...) On commençait à avoir peur pour son avenir, car il détériorait sa belle santé et dormait peu. Et cet état allait se prolonger encore longtemps... ».

Composé en 1904, le Concerto pour violon est écrit au milieu de cette période ambivalente, alors que la gloire de Glazounov va croissant, de même que sa maladie. Composé de deux mouvements sans interruption, mêlant des éléments populaires tziganes et une virtuosité magistrale, l’œuvre témoigne de la maestria compositionnelle du compositeur. Créé par le fameux virtuose Léopold Auer, le Concerto pour violon enchaîne cadences, défis ornementaux, fulgurantes gammes et concilie la bravoure soliste à la gaîté, qui domine en particulier dans le dernier mouvement, une fête endiablée, marquée par l’esprit de la danse.

 

La Symphonie n°12 de Chostakovitch fut écrite pour les célébrations du 60e anniversaire de la naissance de Lénine (1960). A l'origine, elle devait comporter des parties chorales, sur des poèmes de Maïakovski, Djabaev et Stalski. Toutefois, Chostakovitch changera d'avis en cours de composition et recentrera l’œuvre sur l'orchestre seul. Les quatre mouvements de cette fresque historique ont des sous-titres évocateurs. Le premier mouvement est ainsi nommé « La Pétrograd révolutionnaire ». Sa musique en décrit avec beaucoup de clarté la turbulence liée aux émeutes que connut la ville en Octobre 17. Le deuxième mouvement s'appelle quant à lui Razliv. Il s'agit du nom de la ville où Lénine s'était réfugié durant ses années de clandestinité, et d'où il pilotait toutes les actions révolutionnaires. Le troisième mouvement, Aurore, n'a rien à voir avec le lever du soleil : il s'agit du nom d'un croiseur militaire, celui-là même dont l'équipage tira sur le Palais d'Hiver – épisode considéré comme le début du soulèvement populaire. Quant au quatrième et dernier mouvement, son sous-titre L'Aube de l'humanité ne semble laisser planer aucun doute : sa musique pleine d'enthousiasme et d'optimisme donne à entendre l'aube de temps nouveaux, plus heureux. Mais, étrangement, le finale réintroduit sournoisement le thème du premier mouvement – les troubles, les émeutes... Le message politique de cette œuvre ne serait peut-être pas aussi univoque que l'on pourrait le penser...

Après son triomphe au prestigieux concours Reine Élisabeth de Belgique en 1989 (il n'avait que 17 ans), le violoniste russe Vadim Repin s'est rapidement imposé comme l'un des plus prodigieux virtuoses de sa génération. Son jeu, d'une beauté lumineuse, toute classique, sait trouver l'émotion juste, sans pathos ni grandiloquence. Cette splendeur apollinienne devrait faire merveille dans le Concerto pour violon de Tchaïkovski !

 

 

 

© Marco Borggreve, Leonid Lazarenko