Saison 2019-2020

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dimanche
12 novembre
10:45

Christophe MANGOU / direction
Géraldine Aliberti / écriture et direction artistique
Régis ROYER / comédien

 
Bienvenue à Galanta
Une création Les Clés de l'écoute
 
Durée : 1 h
à partir de 9 ans
Commande de l’Orchestre de Paris
 

Un projet pédagogique en forme d'œuvre d'art


Ce projet pédagogique initié par « Les Clés de l'écoute » et Géraldine Aliberti, leur directrice artistique, se propose de faire entrer les enfants dans le processus de création d'une œuvre, en l'occurrence les Danses de Galánta de Zoltán Kodály. L'idée est de montrer comment ce grand compositeur hongrois, un collègue et ami de Béla Bartók, est allé puiser dans ses souvenirs d'enfance, à l'époque où il vivait dans le petit village de Galánta, les mélodies, les rythmes et les couleurs orchestrales de cette musique traditionnelle tzigane qui lui tenait tant à cœur. Mais on a ici tenu à ne jamais désolidariser le pédagogique de l'artistique : le temps durant lequel les enfants et leurs parents seront avec nous sera un temps de spectacle, un temps voué à la découverte et à l'émerveillement. On a ainsi voulu éviter ici l'alternance habituelle entre moments d'explications et moments musicaux. Ici, c'est un véritable spectacle, de A à Z, qui fait voyager les enfants dans la tête de Kodály et au fil de son inspiration créatrice.

Une musique « nationale » ?


C'est l'époque où un bon nombre de pays d'Europe se dégagent du joug – et donc de l'influence – germanique. L'expression culturelle va servir de ciment à toute une nouvelle génération. Et quoi de mieux, pour unifier une nation nouvelle, que d'aller aux racines mêmes de son âme ? En l'occurrence, cette tradition orale de danses et de chants que déjà, en leur temps, des compositeurs comme Franz Liszt ou Johannes Brahms avaient mis à l'honneur, le premier avec ses célèbres Rhapsodies hongroises, le second avec ses Danses hongroises. Liszt avait même écrit un ouvrage sur le sujet : « Les Bohémiens et leur musique en Hongrie », qui lui avait valu quelques critiques à l'époque, du fait qu'il semblait faire un amalgame entre Bohème, Hongrie, culture magyare et traditions tziganes... Le fait est que le tziganes, quel que soit le nom qu'on leur donne (Roms, Gitans...) sont un peuple nomade parti d'Inde et ayant essaimé un peu partout en Europe ; ils ont ainsi beaucoup influencé les régions où ils se sont implantés. Il suffit de penser à cette musique tzigane en Europe centrale, et au flamenco en Andalousie par exemple... A Galánta, il y avait, à l'époque du jeune Kodály, un petit orchestre tzigane très réputé. Notre compositeur y a appris à se familiariser avec ce genre de musique, ses timbres si particuliers, sa virtuosité impressionnante.

Entre mémoire et création


Avec Bartók, Kodály va arpenter le territoire hongrois à la recherche de ces musiques folkloriques, paysannes, ancestrales, pour les noter, les répertorier, les préserver. Avec leurs carnets de notes et leurs phonographes – une invention qui devait être d'un précieux secours –, ils ont ainsi fait œuvre d'ethnomusicologues avant l'heure ! Ainsi, ils ont permis de sauvegarder tout un pan de culture qui était en train de disparaître, cette culture uniquement orale qui tend à se perdre avec l'accélération de notre monde moderne. Et chacun à sa manière,  Bartók et Kodály vont utiliser toute cette matière musicale « brute » comme d'une matière première pour leurs propres créations. Il faut dire que ces musiques sont beaucoup plus riches et complexes qu'on ne pourrait le croire de prime abord. On ne peut que s'étonner d'ailleurs d'une telle complexité pour des musiques qui ne se transmettaient que de manière orale. En tout état de cause, leurs compositions vont avoir ces couleurs, ce « goût » si particuliers qui font qu'on les reconnaît immédiatement. D'ailleurs, les Danses de Galánta furent spécifiquement commandées à Kodály par la Société philharmonique de Budapest pour fêter les 80 ans de sa création ; on ne pouvait donc imaginer meilleure idée pour composer une œuvre réellement hongroise, traditionnelle et moderne à la fois.
Même si c'est plus anecdotique, je dois vous confier que je suis extrêmement heureux de pouvoir diriger ces Danses car, quand j'étais moi-même étudiant au CNSM de Paris, mon professeur Janos Fürst – son nom ne trompe pas : il était Hongrois – m'a donné le sens et le goût de cette musique, qu'il m'est trop rarement donné de diriger.

www.lesclesdelecoute.org

© Jean-Baptiste Millot, Milla Photo