Fertiles compagnonnages

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Fertiles compagnonnages

Un programme qui associe les noms de Robert Schumann et Johannes Brahms en appelle nécessairement un troisième : celui de Clara Schumann, née Wieck. Épouse du premier, muse des deux, cette virtuose du piano devint en quelque sorte les mains de son mari qu’un accident avait privé d’une carrière de soliste. Elle composait également et, après un long purgatoire, commence enfin à bénéficier de la reconnaissance qu’elle mérite.

Schumann dédie son Concerto pour piano à Ferdinand Hiller, mais Clara figure en réalité partout : le premier mouvement reprend une Fantaisie pour piano et orchestre qu’il avait composée pour elle peu après leur mariage, et c’est elle qui tient la partie de piano du Concerto lors de sa création en 1846. Spontanée, enflammée, cette œuvre a immédiatement connu un immense succès, qui ne s’est jamais démenti depuis.

Clara Wieck-Schumann

En 1853, Schumann reçoit la visite d’un jeune compositeur de plus de vingt ans son cadet : Brahms. Il s’enthousiasme pour sa musique et le soutient activement dans sa carrière de compositeur. Il veut pousser son protégé à écrire sa première symphonie, mais l’ombre du monstre sacré Beethoven pèse trop sur Brahms, qui finit par remiser ses ébauches au tiroir. Il poussa d’ailleurs un soupir célèbre : « Je ne composerai jamais de symphonie ! Vous n’imaginez pas quel courage il faut quand on entend toujours derrière soi les pas d’un géant ! »

Toutefois, mis en confiance par une production musicale importante et reconnue, Brahms parvient à vaincre son inhibition une fois quadragénaire. Sa Première Symphonie (parfois qualifiée de « Dixième de Beethoven ») commencée en 1854 est enfin créée en 1876, suivie de très près par sa Deuxième. Elles représentent le premier pan de la production symphonique de Brahms, reconnue comme l’une des plus abouties du répertoire.

Avant ces deux pièces, l’Orchestre national du Capitole donnera à entendre un autre exemple d’oeuvre née d’une amitié artistique : le compositeur Régis Campo a dédié Art Spirit à Cornelius Meister, qui en a dirigé la création en 2021. Le titre fait référence à l’ouvrage homonyme de Robert Henri, qui a notamment profondément marqué l’artiste David Lynch. Campo la lie à l’une de ses pièces récentes, The Wonder of Life, « par la proximité de ses harmonies et de ses ritournelles ».

Déjà familier de cette pièce contemporaine, Meister a aussi beaucoup dirigé Brahms et Schumann, auxquels il a consacré des cycles avec l’Orchestre de Stuttgart dont il est directeur musical. En plus de maîtriser ce répertoire, ce chef est aussi pianiste de formation, un atout pour faire briller toutes les couleurs du concerto. David Fray, ardent défenseur de compositeurs romantiques comme Schubert, Chopin et Schumann, assurera quant à lui la partie soliste. Le pianiste avait donné l’Introduction et Allegro appassionato, morceau moins célèbre de Schumann, lors de son premier concert avec l’Orchestre en 2007. Voici l’occasion, avec ce Concerto, de l’entendre dans l’un des chefs-d’œuvre absolus du compositeur.


LE CONCERT

Truls Mørk © Warner Classic Stephane de Bourgies

Roméo et Juliette

Grand concert symphonique

jeudi 15 février à 20h

Prokofiev fait partie des compositeurs qui se sont emparés de la tragédie de Roméo et Juliette avec le plus de brio, comme l’illustre la célèbre Danse des chevaliers. Quant au Concerto pour violoncelle n°2 de Chostakovitch, le public aura la chance de pouvoir l’entendre dans l’interprétation du violoncelliste danois Truls Mørk.