La fantaisie selon Zygel

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Le célèbre pianiste improvisateur Jean-François Zygel a depuis longtemps fait de la Ville Rose sa ville de cœur. Cette année encore, il nous propose avec l’Orchestre national du Capitole une série de concerts-fantaisie : après « Mon ami Schubert » le 29 octobre, et avant « Mon Mozart à moi » le 29 avril, il concoctera deux programmes sur des thèmes inspirants avec « Les compositeurs se mettent au vert » le 28 janvier, et « Monstrueusement vôtre » le 11 mars.

Entretien avec Jean-François Zygel

Vous vous produisez avec l’Orchestre national du Capitole de Toulouse régulièrement depuis une quinzaine d’années maintenant. Qu’est-ce qui vous attache à cet orchestre particulièrement ?
Vous savez, c’est déjà difficile de dire pourquoi on aime quelqu’un… alors vous pensez, un orchestre ! (rires) Mais je pourrais vous parler de l’incroyable cohésion des cordes, de la virtuosité et de la musicalité des bois, de la puissance comme de la rondeur des cuivres, de la souplesse et de la précision des claviers, harpes et percussions. Et puis, au-delà des qualités de chaque instrumentiste et de chaque groupe instrumental, il y a un plaisir de faire de la musique, une patience et un professionnalisme qui font de chacune de mes rencontres avec l’Orchestre une joie, un émerveillement.

Avez-vous un lieu fétiche à Toulouse, une tradition pour chacune de vos venues ?
Une ville c’est une histoire singulière, une géographie, une superposition d’époques, d’énergies et de traditions. Je n’imagine pas Toulouse sans Saint-Sernin et la place du Capitole, sans la cathédrale Saint-Étienne, les Augustins ou la Cinémathèque, sans le Théâtre de la Cité ou les Jacobins. C’est tout cela qui fait Toulouse… sans oublier ses cafés et ses restaurants ! Et puis, il y a au-delà de chacun des éléments que je viens de citer une « vibration toulousaine », une vibration que je ressens dès que j’entre dans la ville.

Jean-François Zygel à la Halle aux grains © Romain Alcaraz

En quoi consistent exactement ces « concerts-fantaisie » que vous proposez régulièrement à la Halle aux grains en compagnie de l’Orchestre ?
C’est un mélange de répertoire, d’improvisations et de commentaires, une « recette » qui est devenue en quelque sorte ma marque de fabrique, et dont je prends toujours un grand plaisir à imaginer les ingrédients pour chacun de mes concerts avec l’Orchestre du Capitole. Donc tout y est possible, du symphonique à la petite formation, de l’instrumental au vocal, du plus connu au moins connu, des œuvres écrites aux paraphrases improvisées… Dans « concert-fantaisie » il y a « fantaisie », et la fantaisie, qu’est-ce donc si ce n’est tout ce que permet l’imagination, la plus précieuse de nos facultés ?

L’improvisation est au cœur de votre activité de concertiste. Qu’est-ce qu’elle vous apporte ?
L’improvisation est pour moi une source inépuisable de création, d’expérimentation, d’invention de formes, de couleurs instrumentales et harmoniques, de polyphonies nouvelles. Je peux imaginer toutes les privations, mais pas de ne plus pouvoir improviser ! D’ailleurs, sur la centaine de concerts que je donne chaque saison en France et à l’étranger, je dirais que 90 % de ces concerts sont exclusivement consacrés à l’improvisation, que ce soit en solo ou à plusieurs.

Vos propres compositions viennent parfois se glisser dans vos programmes. Allez-vous en proposer pour les prochains concerts ?
C’est effectivement ce qui fait la particularité de ces concerts-fantaisie, une sorte de dialogue entre le répertoire, l’improvisation et la composition. C’est ainsi que pour le concert intitulé « Un Français à New York » était présente l’une de mes compositions symphoniques, La Ville, et pour le programme « Voyage en Espagne » j’avais proposé Malagueñas pour figurer l’Andalousie dans le concert. Alors promis, il y aura cette année une création de mon cru, mais j’hésite encore entre les monstres et la nature…

Avec « Les compositeurs se mettent au vert », vous allez en effet consacrer votre prochain concert à la nature. En cette période d’inquiétude sur le climat, croyez-vous au pouvoir citoyen, militant, de concerts sur ce thème ?
On dit parfois que les artistes sont un peu comme des éponges, que pour des raisons de carrière et de communication, ils adoptent volontiers les idées à la mode… Mais il faut rester modeste : le fait de faire entendre le Lever de soleil de Grieg ou la Pastorale de Beethoven, d’improviser sur le vent ou de composer sur les girafes du Niger, cela ne va pas changer le cours des événements ! L’esthétique et le social sont des champs séparés. Si l’on abolit toute séparation entre les deux, on risque d’attacher plus d’importance à la vertu d’un concert qu’à sa valeur artistique.

Parmi vos concerts, vous avez imaginé un programme intitulé « Monstrueusement vôtre ». Quand on pense aux émotions véhiculées par la musique, on imagine immédiatement la joie ou la tristesse, moins la peur. Comment les compositeurs parviennent-ils à l’inspirer ?
Pour moi, la musique ne véhicule véritablement aucune émotion, elle est plutôt de mon point de vue une réponse aux émotions. Si la musique ne faisait qu’incarner des émotions, toute personne émue et ressentant de la joie ou de la tristesse (c’est-à-dire au fond n’importe lequel d’entre nous !) serait un grand compositeur, un grand interprète ou un grand improvisateur… Quant à mes merveilleux monstres du mois de mars, il me semble que, dans l’art comme dans la vie, les monstres ne font peur que jusqu’au moment où on les apprivoise !

Propos recueillis par Mathilde Serraille pour le Vivace n°15


Les concerts Zygel

Une série de concerts avec Jean-François Zygel pour découvrir la musique classique autrement !

Les concerts Zygel mêlent parole, improvisation et mélange de formes pour un moment de partage convivial.

© Romain Alcaraz