Sacré Poulenc

Modifié le :

Sacré Poulenc

Gloria et Stabat Mater

Depuis plus de quinze ans, Josep Pons revient régulièrement diriger l’Orchestre national du Capitole dans des programmes volontiers tournés vers la musique française. Il donne cette fois-ci deux joyaux de la musique religieuse de Poulenc, le Gloria et le Stabat Mater, où la lumière la plus pure se mêle à des couleurs parfois crues. L’Orchestre est rejoint par un chœur et une soprano qui tiennent un rôle crucial dans ces œuvres habitées par la foi sincère du compositeur.

Francis Poulenc naît dans une famille bourgeoise qui accorde une place importante au catholicisme. De tempérament rebelle, il finit par se détacher de sa foi et de sa « bonne éducation » (toutefois fort utile quand il s’agit de naviguer en eaux mondaines, art dans lequel excelle Poulenc).

Le jeune homme, affublé du sobriquet de Poupoule, fréquente les cercles d’artistes les plus novateurs de son époque, en musique comme en peinture et en littérature. Il côtoie par exemple Apollinaire et Éluard, dont les poèmes lui inspirent de nombreuses mélodies fantaisistes ou triviales. Influencé par Cocteau et Satie, il crée avec d’autres amis compositeurs un ensemble resté célèbre sous le nom de Groupe des Six.

En 1936, un choc amorce son retour vers la spiritualité. L’un de ses amis perd brutalement la vie lors d’un accident de la route, à 36 ans. Douloureusement confronté au « peu de poids de notre vie humaine », Poulenc part se recueillir à Rocamadour. Son pèlerinage lui donne l’inspiration pour sa première œuvre sacrée, les Litanies à la Vierge noire. La portée en est accrue par le texte fervent donné en français, plutôt qu’en latin, par le chœur à trois voix. La partition où le musicien cherche à refléter une « dévotion paysanne » précise à plusieurs endroits que l’expression doit en être « humble ».

Revenu à la religion, Poulenc compose également son Stabat Mater sous le coup d’un deuil. En 1949, Christian Bérard, affectueusement surnommé Bébé, disparaît subitement. Au lieu d’un Requiem, trop pompeux à son goût, Poulenc choisit l’hymne présentant la Vierge au pied de la croix et dédie la pièce à la mémoire de son ami « pour confier son âme à Notre-Dame de Rocamadour ». L’écriture vocale ciselée de Poulenc fait merveille, notamment dans des choeurs a cappella somptueux (O quam tristis ou Quando corpus morietur). Poulenc restant Poulenc, le sublime ne manque pas de côtoyer le grotesque ni le grinçant, basculant de l’un à l’autre sans forcément de transition. Les dissonances ajoutent cependant à l’émotion, en contribuant à faire surgir l’horreur dans les passages les plus dramatiques (Quis est homo, Vidit suum). Poulenc écrit à un critique : « Mon récent Stabat m’a rendu du crédit auprès de vos confrères – je suis donc, provisoirement, un musicien respectable ».

Le Gloria, chant de louange, tranche avec cette oeuvre de lamentation, et offre une expression de la foi dans toute sa jubilation. Il est commandé à un Poulenc sexagénaire par la Fondation Musicale Serge Koussevitzky, et créé par l’Orchestre Symphonique de Boston en 1961. La maturité n’a pas assagi le compositeur en matière de fautes de goût pleinement assumées. Aussi le Laudamus Te, avec sa prosodie peu académique, ne manque-t-il pas de faire grincer quelques dents. Le Gloria atteint tout de même des sommets de majesté (Domine Deus).
Similaires dans leur effectif, chacune d’entre elles sollicitant une soprano solo, un choeur et un orchestre, et complémentaires dans leur expression de la spiritualité, les deux pièces sont souvent données couplées. Elles représentent une très belle porte d’entrée dans l’oeuvre vocale sacrée de Poulenc, riche de pages fascinantes (Ave verum, Motets pour un temps de pénitence).

UNE BELLE BANDE D’AMATEURS

ORFEÓN DONOSTIARRA

Certaines fêtes ont des lendemains qui déchantent… D’autres un lendemain qui chante pour plus de 125 ans. Un groupe d’une vingtaine de chanteurs issus de la Sociedad Coral remporte un gigantesque triomphe en se produisant lors d’une fête populaire du pays basque, en 1896. Quelques mois plus tard, l’Orfeón Donostiarra naît à Saint-Sébastien (Donostia en basque). Son répertoire, très restreint dans les premières années, se développe progressivement sous l’impulsion de son premier chef, Secundino Esnaola. Aujourd’hui, il a dans ses cordes tout le répertoire symphonique majeur ainsi que des opéras et zarzuelas, et fait partie des choeurs les plus réputés d’Europe.
Le terme d’orphéon rappelle celui des sociétés chorales amateurs. C’est en effet le cas de l’excellent Orfeón Donostiarra, composé d’amateurs, autrement dit de passionnés qui choisissent d’accorder à la musique une place centrale dans une vie déjà bien remplie. Entre les répétitions, et les nombreux concerts annuels incluant des tournées, les chanteurs donnent leur temps généreusement et bénévolement, avec pour récompense le bonheur de chanter avec les plus grands chefs, les meilleurs ensembles et dans les salles les plus prestigieuses.
L’Orfeón Donostiarra vient à la fois en voisin et en ami fidèle pour ce concert avec l’Orchestre du Capitole. Dès les années 1980, il a participé à bien des enregistrements historiques sous la direction de Michel Plasson. L’ensemble même a obtenu la médaille de la ville de Toulouse en 1984 ! Plus récemment, l’Orfeón a fait connaissance avec le directeur musical de l’Orchestre du Capitole en chantant Daphnis et Chloé de Ravel et la Sea Symphony de Vaughan Williams sous la direction de Tarmo Peltokoski.

Mathilde Serraille


LE CONCERT

Josep Pons / Lauranne Oliva

Grand concert symphonique

Halle aux grains

7 février 2026 | 20h

Josep Pons, le plus français des chefs espagnols, retrouve l’Orchestre du Capitole, la soprano Lauranne Oliva et l’Orfeón Donostiarra dans ce programme où la transcendance s’enrichit d’un peu de piquant.

Crédits photos

  • 1 : Pietà de Marc Arcis, Cathédrale Saint-Alain de Lavaur (Tarn). © Didier Descouens
  • 2 : Francis Poulenc. © Palazetto Bru Zane / Fonds Leduc.
  • 3 : Orfeón Donostiarra. © Romain Alcaraz
  • 4 : Lauranne Oliva © Henri Buffetaut