Michel Plasson retrouve l’Orchestre du Capitole
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Entretien avec Michel Plasson
À la tête de l’Orchestre du Capitole de 1968 à 2003, Michel Plasson l’a hissé au niveau des plus grands, et lui a fait connaître une renommée internationale, nourrie par des enregistrements historiques et des tournées ambitieuses. Au moment de venir partager une grande embrassade musicale avec l’Orchestre et Toulouse, le jeune nonagénaire replonge dans ses souvenirs avec émotion et malice, dans un entretien où la gorge se serre aussi vite qu’elle se déploie en francs éclats de rire.
Il est vertigineux de vous demander de parler de votre histoire avec l’Orchestre du Capitole, car c’est en réalité toute une vie que vous avez vécue ensemble !
Le mot vertige me convient très bien. En effet, c’est une longue histoire qui a occupé presque toute ma vie. J’avais une idée fixe en choisissant de rester en France : faire un orchestre aux couleurs de mon pays. J’ai choisi Toulouse qui m’a adopté et ai pu réaliser mes désirs obstinés grâce à l’aide de tous ceux qui m’ont entouré et soutenu. Le public, les musiciens, les élus. Ils m’ont permis de construire un orchestre sans égal avec une personnalité unique.
Quelles émotions ressentez-vous en pensant à ces retrouvailles ?
J’aborde ce concert avec une émotion profonde. Je suis parti de Toulouse en emportant avec moi des souvenirs inouïs. L’Orchestre avait les couleurs de mes pensées, les couleurs que je souhaitais, les couleurs de l’art français. Ce n’était pas un orchestre comme les autres. J’ai dirigé ailleurs : à Dresde, à Moscou, New York, Tokyo, Pékin, Paris mais l’Orchestre du Capitole reste le plus cher à mon cœur. De façon étrange, cet orchestre je ne le connais pas car je ne l’ai jamais pris dans mes mains mais je sais qu’il est très bon pour l’avoir entendu récemment. Il n’y reste que très peu de ceux qui m’ont accompagné toute ma vie.

Vous avez une histoire particulière avec la Halle aux grains, également. Voulez-vous nous en parler ?
Cette salle, je l’ai débusquée ! Le Théâtre du Capitole était alors le seul endroit où l’on donnait de la musique. Lorsque des rénovations ont imposé sa fermeture temporaire, je n’avais plus de salle ! Alors j’ai parcouru la ville, et je suis entré dans cette bâtisse extraordinaire. Nous y avons répété avec l’Orchestre, le son, un peu différent de maintenant, était magique ! Je suis tombé amoureux de la Halle aux grains, et j’ai participé (sans autre autorisation que la mienne) à l’arrachage de son nom d’alors, inapproprié pour une salle dédiée à la musique : « Palais des sports ». Il reste de ce moment des photos extraordinaires.
La Halle aux grains a ainsi été ouverte à la musique, et j’espérais pour elle un avenir merveilleux, ce qui a été le cas pendant de nombreuses années. Tant de grands ont chanté dans cette Halle aux grains, notamment l’immense José Van Dam, un Maître incomparable, qui vient de nous quitter… Je crois que nous avons fait du bien à la musique, ensemble. Je ne veux pas oublier Arthur Rubinstein, Yehudi Menuhin, Mstislav Rostropovitch, Nathan Milstein, Claudio Arrau, François-René Duchâble, Jean-Philippe Collard, Montserrat Caballé, Mirella Freni, Alfredo Kraus, Natalie Dessay, Teresa Berganza, Roberto Alagna et tant d’autres chers à mon cœur…
Vous avez fait connaître l’Orchestre du Capitole internationalement, grâce à vos nombreux enregistrements de musique française en particulier.
Nous avons réalisé plus d’une centaine d’enregistrements : c’est incroyable ! Je me souviens que lors d’une tribune de critiques de disques, à une époque où l’Orchestre du Capitole était encore en train de trouver ses couleurs, l’un de nos enregistrements avait été mis en rivalité à l’aveugle avec les plus grands orchestres du monde. Et ces critiques aux oreilles si affinées avaient trouvé que le nôtre était le meilleur !

Souhaitiez-vous vous faire le porte-drapeau du style français ?
La France a un rapport très particulier avec sa musique. Au Panthéon, pas de compositeurs : ni Rameau, ni Debussy, ni Berlioz. C’est un mauvais signe pour notre pays. J’aime pourtant profondément la France et j’ai voyagé avec elle dans le monde entier, non comme ambassadeur mais comme fervent missionnaire. Je suis montmartrois, et j’ai atterri à Toulouse car j’ai décidé de ne pas partir à l’étranger, ce que l’on m’avait proposé. À l’époque, un orchestre français n’était pas un orchestre comme les autres. J’ai joué dans plusieurs grands orchestres, sous la direction de chefs français et allemands que j’admirais beaucoup, et qui m’ont énormément appris. Grâce à eux, j’ai compris comment avec certains, cela marchait, et avec d’autres, pas du tout, même s’ils parlaient beaucoup. Le geste ! C’est le geste qui fait le son. Il peut créer des couleurs ou pas. L’invention, l’interprétation des chefs-d’œuvre dépend d’un homme et d’une main. Un orchestre, cela se fait, avec un chef qui a une idée, et qui est vraiment là. Je ne voulais pas du banal. J’éprouve tellement de reconnaissance qu’on ait laissé faire un tel fou furieux de musique et d’amour, et non seulement qu’on l’ait laissé faire, mais qu’on l’ait aidé. C’est le cadeau de ma vie, et je le dois à Toulouse. Je veux lui dire merci, de tout mon cœur.

Si vous deviez adresser quelques mots d’amour à l’Orchestre du Capitole et à son public, quels seraient-ils ?
J’adresse ma reconnaissance infinie à tous ceux qui m’ont aimé et soutenu dans ce long voyage : mon épouse Mercedes, les musiciens de l’orchestre, les élus, l’association Aïda (Jacques Bisseuil, Claude Goumy), et enfin l’extraordinaire public toulousain. Tous ceux-là m’ont soutenu et je les aimais tant. Je le sais maintenant encore plus que lorsque je me trouvais dans l’action, car celle-ci ne me laissait pas une seconde. Mais on ne peut dire des choses profondes sur l’amour qu’avec la musique et cela j’espère l’avoir fait.
Vous vivez toujours en Occitanie, à Régismont-le-Haut, dans un lieu qui a beaucoup de sens pour vous.
Oui, j’ai la chance de vivre dans un très joli domaine historique consacré désormais à la musique et à ceux qui la font. Nous y avons accueilli énormément de musiciens, chanteurs et instrumentistes, de tous les pays, notamment de jeunes artistes ukrainiens merveilleux lorsque ceux-ci ont dû quitter leur pays. Tout dans cette demeure attend les musiciens et je sais que cela vivra après moi grâce à mon ami Didier Laclau-Barrère, présent déjà, et qui entretiendra la flamme.
Propos recueillis par Mathilde Serraille

LE CONCERT
Michel Plasson – Festival de Toulouse
Concert événement
Halle aux grains
2 juillet 2026 | 20h
Pour la première fois depuis 2003, Michel Plasson revient diriger l’Orchestre du Capitole, à la Halle aux grains, dont il a fait l’écrin de l’orchestre depuis 1974. À l’occasion de ce concert exceptionnel, Michel Plasson renoue avec sa ville d’adoption pendant près de 35 ans : Toulouse !
Crédits photos
- 1 : Michel Plasson © Patrice Nin
- 2 : L’ancien marché aux céréales est devenu un Palais des sports en 1952. En 1974, la Halle aux grains retrouve son nom d’origine. © Collection Jean Dieuzaide
- 3 : Michel Plasson dirigeant Fidelio de Beethoven, 11 décembre 1977 à la Halle aux grains © Archives municipales de Toulouse, fonds André Cros
- 4 : Michel Plasson à l’issue de la Missa Solemnis de Beethoven, 12 juin 1976 à la Halle aux grains © Collection Jean Dieuzaide
- 5 : Michel Plasson © Collection Jean Dieuzaide